Dans le tumulte commercial provoqué par les nouvelles taxes américaines, l’Afrique du Sud apparaît comme un bénéficiaire inattendu. Une décision de la Cour suprême des États-Unis vient en effet rebattre les cartes, réduisant de facto les droits de douane appliqués à plusieurs exportations sud-africaines, notamment agricoles. Alors que Washington prépare l’entrée en vigueur d’un tarif mondial révisé, Pretoria pourrait regagner en compétitivité sur un marché stratégique.
Une décision judiciaire qui change l’équation commerciale
La réduction des droits découle d’un arrêt de la Cour suprême américaine estimant que le président Donald Trump avait outrepassé ses pouvoirs en invoquant une loi d’urgence pour imposer ses tarifs dits du “Liberation Day”. Ces taux, partiellement déterminés par des considérations politiques, visaient notamment l’Afrique du Sud.
Désormais, un tarif global de 10 % est entré en vigueur mardi, et la Maison-Blanche travaille sur un décret visant à le porter à 15 %. Cette harmonisation revient à aligner les exportations sud-africaines sur celles de leurs concurrents mondiaux, ce qui équivaut à une réduction significative par rapport aux niveaux précédemment appliqués à Pretoria.
Depuis son retour à la Maison-Blanche il y a un peu plus d’un an, Donald Trump a multiplié les critiques à l’égard du gouvernement de Cyril Ramaphosa, accusant Pretoria de s’aligner sur les rivaux géopolitiques des États-Unis et avançant, sans fondement reconnu, que des fermiers blancs seraient victimes d’un “génocide”.
Des exportations fragilisées mais prêtes à rebondir
Les tensions commerciales n’ont pas été sans conséquences. Bien que les autorités sud-africaines aient indiqué que les expéditions agricoles vers les États-Unis n’avaient reculé que de 3 % l’an dernier, les chiffres du dernier trimestre montrent un repli plus marqué, avec une chute de près de 40 % des exportations.
Les ventes de vin, de baies et de viande d’autruche ont reculé, tandis que des concurrents comme le Pérou, l’Australie et le Chili ont gagné des parts de marché. Pour Wandile Sihlobo, récemment nommé envoyé spécial de Cyril Ramaphosa pour l’agriculture, le nouveau tarif de 15 % constitue un soulagement. Selon lui, l’Afrique du Sud pourrait redevenir compétitive sur le marché américain.
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Une relation toujours sous tension
La détente tarifaire ne signifie pas la fin des frictions. Donald Trump a déjà réduit l’aide américaine à Pretoria et ordonné le boycott du sommet des chefs d’État du G20 organisé à Johannesburg l’an dernier.
Le président américain a également affirmé pouvoir utiliser des licences commerciales pour imposer de nouvelles restrictions à des pays qu’il estime avoir “profité” des États-Unis pendant des décennies.
Face à cette incertitude, les exportateurs sud-africains accélèrent leurs stratégies de diversification. La Chine figure parmi les alternatives les plus prometteuses. Pékin a accepté de supprimer les droits de douane sur l’ensemble des produits agricoles africains et cherche à se positionner comme partenaire commercial plus fiable que Washington.
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Un paradoxe stratégique pour Pretoria
Ironiquement, l’absence d’accord commercial bilatéral contraignant entre l’Afrique du Sud et les États-Unis pourrait aujourd’hui jouer en faveur de Pretoria. N’étant liée par aucun engagement spécifique, elle bénéficie pleinement de l’ajustement tarifaire décidé à Washington.
Dans un contexte de recomposition des échanges mondiaux, l’épisode illustre combien les rivalités politiques peuvent produire des effets économiques inattendus. Pour l’Afrique du Sud, longtemps ciblée par les critiques de la Maison-Blanche, le statut de “mauvais élève” semble, pour l’heure, se transformer en avantage compétitif. Reste à savoir si ce répit tarifaire s’inscrira dans la durée ou s’il ne constitue qu’une parenthèse dans une relation bilatérale toujours marquée par la défiance.