Le commerce mondial 2026 OMC entre dans une phase plus incertaine après une année 2025 meilleure qu’attendu. L’Organisation mondiale du commerce a annoncé le 19 mars que les échanges de marchandises avaient progressé de 4,6 % en volume l’an dernier, portés par la demande en biens liés à l’intelligence artificielle. Mais l’institution ne prévoit plus qu’une hausse de 1,9 % en 2026, sur fond de tensions au Moyen-Orient, de coûts énergétiques plus élevés et d’un environnement commercial moins lisible.
Une année 2025 bien plus solide que prévu
L’OMC décrit 2025 comme une année de résistance inattendue pour les échanges mondiaux. Le volume du commerce de marchandises a progressé de 4,6 %, alors que les prévisions d’octobre tablaient sur une hausse beaucoup plus faible. La performance a donc nettement dépassé les anticipations initiales dans un environnement pourtant marqué par les droits de douane, les tensions géopolitiques et l’incertitude politique.
Cette progression s’est aussi traduite en valeur. Les exportations mondiales de marchandises ont atteint 26 260 milliards de dollars en 2025, tandis que le commerce des services s’est établi à 9 560 milliards de dollars. Au total, les échanges mondiaux de biens et de services ont atteint 34 650 milliards de dollars, soit une hausse annuelle de 7 %.
L’explication principale avancée par l’OMC tient au boom de l’intelligence artificielle. Les biens nécessaires à cette vague d’investissement ont fortement soutenu les flux mondiaux, au point de compenser une partie des effets négatifs liés aux tensions commerciales. Les produits liés à l’IA ont représenté 42 % de la croissance totale du commerce mondial en 2025, alors qu’ils ne pèsent qu’environ un sixième des échanges.
Dans le détail, l’organisation souligne aussi que plusieurs de ces produits, comme les puces, les semi-conducteurs et les équipements de transmission de données, ont été relativement protégés des nouveaux droits de douane. Cette exception tarifaire a permis à la dynamique technologique de continuer à irriguer le commerce mondial à un moment où d’autres secteurs restaient plus fragiles.
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L’intelligence artificielle a changé la structure des échanges
Le rapport publié en mars montre que l’IA n’a pas seulement soutenu la croissance commerciale. Elle a aussi modifié la structure même des échanges en donnant un poids croissant à l’électronique, aux semi-conducteurs et aux équipements de communication. Le commerce de biens liés à l’IA a atteint 4 180 milliards de dollars en 2025, contre 3 430 milliards un an plus tôt.
Cette évolution rejoint les constats dressés par la CNUCED à la fin de 2025. L’agence onusienne notait déjà que l’électronique avait progressé de 14 % sur les quatre derniers trimestres observés, devenant l’un des moteurs les plus puissants de la croissance du commerce mondial. Le secteur manufacturier, tiré par l’électronique, a continué de porter la hausse des flux alors que l’automobile restait plus faible.
La poussée de l’IA a aussi accentué certaines dépendances géographiques. La production de composants clés reste concentrée entre quelques grands pôles comme les États-Unis, la Chine, Taïwan, la Corée du Sud, le Japon ou encore les Pays-Bas. Cette concentration renforce le poids stratégique de quelques économies dans la nouvelle chaîne de valeur mondiale, ce qui nourrit aussi les déséquilibres commerciaux.
En parallèle, l’OMC rappelle que l’année 2025 a également bénéficié d’achats anticipés, notamment en Amérique du Nord, pour éviter des hausses de droits de douane attendues. Une partie de la croissance observée résulte donc d’un effet d’anticipation, ce qui réduit mécaniquement les marges de prolongation en 2026.
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Le scénario 2026 marque un net retour au ralenti
Après cette année exceptionnelle, l’OMC prévoit un ralentissement prononcé. Dans son scénario central, la croissance du volume des échanges de marchandises tomberait à 1,9 % en 2026, avant de remonter légèrement à 2,6 % en 2027. Le commerce mondial entrerait donc dans une phase de normalisation bien moins dynamique que celle observée en 2025.
Le même mouvement toucherait les services. L’OMC prévoit une croissance de 4,8 % pour les échanges de services en 2026, après 5,3 % en 2025, puis 5,1 % en 2027. Le ralentissement serait donc large et toucherait à la fois les marchandises et les services, même si les services conserveraient un rythme plus robuste.
L’institution souligne que cette projection de base ne tient pas compte d’un choc énergétique durable. Or c’est précisément sur ce point que les risques se concentrent depuis la récente escalade militaire au Moyen-Orient. Si les prix du pétrole et du gaz restent durablement élevés, la croissance du commerce de marchandises pourrait être abaissée à 1,4 % en 2026.
Le signal est d’autant plus important que les échanges mondiaux ont déjà commencé à intégrer ces nouvelles tensions. Les économistes de l’OMC estiment qu’une crise prolongée dans la région renchérirait les coûts de production, pèserait sur la demande et compliquerait encore la visibilité des entreprises. Le risque n’est plus seulement commercial, il devient macroéconomique.
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Le Moyen-Orient redevient le principal facteur de risque
Le rapport insiste sur le rôle du conflit au Moyen-Orient dans la dégradation des perspectives. Les tensions autour de l’énergie, du détroit d’Ormuz et des grands corridors de transport peuvent affecter bien plus que le seul marché pétrolier. L’OMC considère désormais ce conflit comme la principale menace baissière pesant sur le commerce mondial en 2026.
L’une des inquiétudes porte sur les engrais. Environ un tiers des exportations mondiales d’engrais transitent habituellement par le détroit d’Ormuz, ce qui expose directement plusieurs grandes économies agricoles. Une perturbation prolongée pourrait donc fragiliser à la fois le commerce et la sécurité alimentaire, notamment pour des pays fortement dépendants des importations venues du Golfe.
Le commerce des services n’échapperait pas à ce choc. L’OMC évoque déjà des effets possibles sur le transport, les assurances, les routes maritimes, le trafic aérien et le tourisme régional. Une crise prolongée ferait monter durablement les coûts logistiques, avec des répercussions directes pour les entreprises et les consommateurs.
Cette lecture rejoint les alertes émises par plusieurs observateurs depuis le 19 mars. Les scénarios les plus prudents estiment qu’un maintien des prix élevés de l’énergie réduirait aussi la croissance du PIB mondial et toucherait plus durement les régions importatrices nettes comme l’Europe et l’Asie. Le choc énergétique serait donc très inégalement réparti, mais il pèserait sur l’ensemble du système commercial.
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Le commerce mondial reste porté par des forces contradictoires
Tout n’est toutefois pas orienté à la baisse. L’OMC souligne qu’un maintien du boom des investissements liés à l’IA pourrait ajouter 0,5 point à la croissance du commerce de marchandises en 2026. Dans ce cas, la progression des échanges pourrait remonter à 2,4 %, ce qui limiterait une partie du ralentissement.
Cette possibilité montre que l’économie mondiale reste prise entre deux dynamiques opposées. D’un côté, l’innovation technologique et la numérisation continuent de stimuler les échanges. De l’autre, les tensions géopolitiques, la hausse des coûts et la fragmentation commerciale freinent l’élan de 2025. Le commerce mondial avance donc désormais sous double contrainte, entre accélération technologique et vulnérabilité géopolitique.
L’autre élément de fond tient à l’évolution du cadre commercial lui-même. L’OMC note que la part des échanges mondiaux réalisés sous le principe de la nation la plus favorisée est tombée à 72 % à fin février 2026, contre environ 80 % auparavant. Le système multilatéral reste majoritaire, mais il se rétrécit sous l’effet des tensions tarifaires et des nouveaux arbitrages stratégiques.
Au final, l’année 2025 apparaît comme une parenthèse plus que comme une nouvelle norme. Elle a montré la capacité du commerce mondial à surprendre à la hausse quand la demande technologique s’emballe. Mais 2026 s’ouvre sous le signe d’une croissance plus fragile, plus chère et beaucoup plus exposée aux crises.