Le Nigeria a décidé de suspendre l’émission de nouvelles licences d’importation d’essence, une mesure qui renforce considérablement la position du milliardaire Aliko Dangote, propriétaire de la plus grande raffinerie d’Afrique. Cette décision marque un tournant dans la politique énergétique du pays, qui privilégie désormais l’approvisionnement local. Les autorités estiment que la production nationale est suffisante pour couvrir les besoins du marché intérieur. Analyse.
Une politique visant à privilégier la production locale
Les autorités nigérianes ont cessé d’accorder des licences d’importation d’essence pour le deuxième mois consécutif. Cette décision s’appuie sur les dispositions du Petroleum Industry Act, qui autorise les importations uniquement lorsque la production locale ne suffit pas à satisfaire la demande nationale.
Les données de l’Autorité nigériane de régulation du pétrole en aval et en amont montrent qu’aucune licence n’a été délivrée en février ni au début du mois de mars. Les régulateurs considèrent que les volumes fournis par les raffineries locales sont désormais capables de répondre aux besoins du pays.
En février, la consommation moyenne de carburant au Nigeria a été estimée à 56,9 millions de litres par jour, contre 60,2 millions en janvier.
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La raffinerie Dangote au cœur de l’approvisionnement national
La raffinerie Dangote joue désormais un rôle central dans l’approvisionnement énergétique du pays. L’installation, capable de traiter environ 650 000 barils de pétrole brut par jour, a fourni à elle seule 36,5 millions de litres d’essence et huit millions de litres de diesel sur le marché intérieur en février.
Selon les autorités, ces volumes ont été jugés suffisants pour réduire fortement la dépendance aux importations.
La décision gouvernementale constitue une victoire importante pour Aliko Dangote, qui plaidait depuis plusieurs années pour mettre fin aux importations de carburant afin de soutenir l’industrie locale du raffinage.
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Les importateurs privés temporairement écartés du marché
Plusieurs entreprises pétrolières et sociétés de distribution qui importaient auparavant de l’essence voient leurs licences suspendues. Parmi elles figurent notamment des filiales de TotalEnergies, Conoil et MRS Nigeria.
Ces entreprises représentaient une part importante des importations, notamment en janvier où elles avaient assuré plus d’un tiers de l’approvisionnement du pays.
Le régulateur précise que les licences d’importation pourront être réactivées uniquement si la production nationale ne parvient plus à couvrir la demande.
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Une transformation durable du secteur énergétique
Cette évolution pourrait profondément transformer le marché pétrolier nigérian. Le gouvernement cherche à renforcer l’industrie locale du raffinage afin de réduire la dépendance aux importations et stabiliser l’approvisionnement en carburant.
La raffinerie Dangote prévoit d’ailleurs d’augmenter considérablement ses capacités. Des accords d’investissement d’environ 750 millions de dollars ont été signés avec des partenaires industriels pour développer ses installations pétrochimiques et énergétiques.
À terme, la capacité totale pourrait atteindre environ 1,4 million de barils par jour, un niveau susceptible de remodeler durablement le secteur énergétique du Nigeria.
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