Le monde culturel africain est en deuil. Le musicien malien Boncana Maïga s’est éteint le samedi 28 février 2026 à l’âge de 77 ans, aux premières heures de la matinée, à la Clinique Pasteur. Figure majeure de la création musicale ouest-africaine, il laisse derrière lui un héritage artistique considérable, forgé entre le Mali, la Côte d’Ivoire et Cuba.
Un parcours façonné entre Gao et La Havane
Né le 30 mai 1948 à Gao, sous le nom de Boncana Issa Tandagari Maïga, il grandit entre le Mali et le Niger avant de révéler très tôt un talent exceptionnel pour la musique. Instrumentiste accompli, saxophoniste et flûtiste, il se distingue dans les années 1960 avec le Negro Band de Gao.
En 1963, il fait partie d’un groupe de jeunes musiciens maliens envoyés à Cuba pour une formation artistique. À La Havane, il intègre le Conservatoire Alejandro Garcia et participe à la création des Maravillas du Mali, formation qui fusionne rythmes afro-cubains et sonorités mandingues. Le groupe connaît un succès marquant, notamment avec le titre « Rendez-vous chez Fatimata », devenu emblématique en Afrique de l’Ouest.
Le coup d’État de 1968 au Mali marque un tournant. L’aventure cubaine prend fin, mais l’influence de cette période restera au cœur de son identité musicale.
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Abidjan, laboratoire de création et d’influence
Au début des années 1970, Boncana Maïga s’installe en Côte d’Ivoire. Il y dirige pendant quatorze ans l’orchestre de la Radio Télévision Ivoirienne, contribuant à structurer la scène musicale ivoirienne. Professeur, arrangeur et directeur artistique, il collabore avec de nombreux artistes et façonne le son d’une génération.
Son talent d’arrangeur est reconnu sur tout le continent. Il compose également pour le cinéma africain, notamment pour des œuvres marquantes comme Bal Poussière. En 1992, il cofonde Africando avec le producteur Ibrahim Sylla, un collectif panafricain qui marie salsa et rythmes africains. Le projet devient une référence internationale et confirme son rôle de passeur entre les continents.
En 1997, il reçoit un Kora Award dans la catégorie arrangeur, récompensant une carrière déjà riche en collaborations et en innovations.
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Un bâtisseur d’institutions et un passeur de mémoire
De retour au Mali au milieu des années 2000, Boncana Maïga fonde Maestro-Sound Mali, structure dédiée à la production audiovisuelle et à l’accompagnement de jeunes talents. Il s’investit dans la transmission et l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes.
Animateur de l’émission « Stars Parade » diffusée sur TV5 Monde, il offre pendant des années une vitrine aux musiciens africains. Son engagement culturel lui vaut plusieurs distinctions, dont des titres honorifiques au Mali et en Côte d’Ivoire.
Sa disparition suscite une vive émotion dans le monde artistique. Artiste discret mais influent, il aura consacré sa vie à relier les cultures, à métisser les sons et à porter la musique africaine sur les grandes scènes internationales.
Avec Boncana Maïga s’éteint l’un des derniers grands architectes du pont musical entre l’Afrique et Cuba. Son œuvre, elle, continuera de résonner à travers les générations.