Le Parlement européen a adopté jeudi 12 mars 2026 une résolution exigeant la libération « immédiate et inconditionnelle » de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum. Renversé par un coup d’État en juillet 2023 et détenu depuis à Niamey, l’ancien chef de l’État reste enfermé dans une aile du palais présidentiel. Le texte, voté à une large majorité par les eurodéputés, accentue la pression internationale sur la junte militaire au pouvoir. Explications.
Une résolution européenne quasi unanime
Le vote du Parlement européen marque une nouvelle étape dans la mobilisation internationale en faveur de Mohamed Bazoum. Sur 555 eurodéputés présents, 524 ont approuvé la résolution, tandis que deux ont voté contre et 29 se sont abstenus. Le texte, porté par le groupe du Parti populaire européen et soutenu par plusieurs autres formations politiques, condamne fermement la détention de l’ancien président et de son épouse.
Les eurodéputés dénoncent une « détention arbitraire » qui dure depuis le coup d’État militaire du 26 juillet 2023. Mohamed Bazoum, élu démocratiquement en 2021, est toujours retenu dans l’enceinte du palais présidentiel de Niamey sous surveillance de la junte dirigée par le général Abdourahamane Tiani, ancien commandant de la garde présidentielle.

La résolution met également en avant les conditions de détention du couple présidentiel. Les parlementaires européens évoquent l’absence d’accès à un avocat, la limitation des visites familiales ainsi que le manque de soins médicaux appropriés. Ces éléments alimentent les inquiétudes concernant le respect des droits fondamentaux.
Les eurodéputés insistent aussi sur l’urgence de la situation politique. Le mandat constitutionnel de Mohamed Bazoum doit officiellement prendre fin le 2 avril 2026. Pour les parlementaires européens, laisser l’ancien chef de l’État détenu au-delà de cette date constituerait un échec majeur pour la défense de l’ordre démocratique.
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Une possible accusation de haute trahison
La junte nigérienne envisage désormais de poursuivre Mohamed Bazoum pour « haute trahison ». Son immunité présidentielle a été levée en 2024, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires qui pourraient théoriquement conduire à la peine de mort selon la législation nigérienne.
Cette perspective inquiète les défenseurs des droits humains et les institutions internationales. Pour de nombreux observateurs, l’affaire Bazoum dépasse largement la question judiciaire. Elle s’inscrit dans un contexte régional marqué par la multiplication des coups d’État et par une tension croissante entre certains régimes militaires du Sahel et les partenaires occidentaux.
Avant son renversement, Mohamed Bazoum jouait un rôle central dans la coopération sécuritaire entre le Niger et plusieurs pays européens. Le pays constituait un partenaire clé dans la lutte contre les groupes jihadistes opérant au Sahel ainsi que dans la lutte contre les trafics d’armes et d’êtres humains.
Cette dimension explique en partie la fermeté affichée par les institutions européennes. Pour Bruxelles, la situation du Niger représente aussi un enjeu stratégique dans une région confrontée à une instabilité persistante.
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Une mobilisation internationale qui s’intensifie
La pression diplomatique ne se limite pas aux institutions européennes. Depuis plusieurs mois, un réseau d’organisations et de personnalités internationales tente de mobiliser l’opinion publique autour du sort de l’ancien président nigérien.
Le 2 janvier 2026, un collectif international pour la libération de Mohamed Bazoum s’est réuni à Dakar afin d’exiger sa libération immédiate. Lors de cette rencontre, plusieurs intervenants ont dénoncé une détention qu’ils qualifient de « séquestration » et de « prise d’otages ».
Selon les membres du collectif, Mohamed Bazoum et son épouse sont privés de liberté depuis plus de vingt-neuf mois sans procès ni inculpation formelle. L’initiative affirme avoir déjà recueilli plus de 3 000 signatures de personnalités africaines et internationales, dont plusieurs anciens Premiers ministres.
Le collectif a également adressé des lettres à plusieurs organisations internationales, notamment les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. L’ancien président américain Barack Obama figure aussi parmi les destinataires de cet appel.
Pour ses initiateurs, la mobilisation vise à rompre l’isolement politique de l’ancien président nigérien et à maintenir la pression diplomatique sur la junte au pouvoir à Niamey.
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Une crise politique et sécuritaire persistante
La détention prolongée de Mohamed Bazoum s’inscrit dans un contexte de crise profonde au Niger. Depuis son arrivée au pouvoir, la junte militaire a décidé de prolonger la transition politique pour une durée minimale de cinq ans à partir de mars 2025.
Cette décision a suscité de vives critiques au niveau international. Elle a également accentué l’isolement diplomatique du Niger, déjà fragilisé par des sanctions régionales et par une rupture progressive avec plusieurs partenaires occidentaux. Sur le plan sécuritaire, la situation reste également préoccupante. Le pays continue de faire face à des attaques jihadistes régulières dans plusieurs régions, notamment dans les zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso.
Certains observateurs estiment que la libération de Mohamed Bazoum pourrait ouvrir la voie à un dialogue politique susceptible de réduire les tensions internes. D’autres considèrent au contraire que la junte ne souhaite pas prendre le risque d’un retour de l’ancien président sur la scène politique. Une chose reste certaine. Après plus de deux ans et demi de captivité, la question du sort de Mohamed Bazoum devient un symbole des tensions politiques qui traversent aujourd’hui le Sahel.
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