Le 12 octobre 2025, les électeurs camerounais seront appelés à choisir leur futur président. Douze candidats sont officiellement en lice, selon la liste publiée par Elections Cameroon (Elecam). Parmi eux figure Paul Biya, chef de l’État depuis 1982, qui, à 92 ans, sollicite un huitième mandat. Ce scrutin, l’un des plus scrutés de l’histoire politique du pays, relance le débat sur l’alternance et l’avenir institutionnel du Cameroun.
Une campagne dominée par le poids de l’histoire
Paul Biya a confirmé sa candidature en tant que représentant du RDPC. Le président sortant a rappelé sa volonté de « poursuivre ce qu’il a commencé », selon les déclarations relayées par son entourage politique. Sa longévité au pouvoir – plus de quatre décennies – reste un élément central de cette élection.
Face à lui, plusieurs figures politiques de premier plan se sont lancées. Bello Bouba Maïgari, 78 ans, ex-ministre d’État et chef de l’UNDP, a quitté le gouvernement en juin pour rejoindre la course. Issa Tchiroma Bakary, 79 ans, ancien ministre de l’Emploi, s’est également démarqué en expliquant qu’il « n’avait plus accès au chef de l’État », critiquant ainsi l’absence de gouvernance directe.
Une opposition plurielle et fragmentée
Parmi les nouveaux venus, l’économiste Jacques Bougha-Hagbe, ancien du FMI, milite pour une refonte institutionnelle et une sortie du franc CFA. Cabral Libii, arrivé troisième en 2018 avec 6,28 % des voix, revient sur le devant de la scène avec le PCRN et appelle à une « surveillance citoyenne massive des bureaux de vote ».
L’opposition compte également des figures établies comme Akere Muna, avocat et militant anticorruption, dont la requête pour contester l’éligibilité de Paul Biya a été rejetée par le Conseil constitutionnel. Joshua Osih, président du SDF, plaide pour un retour au fédéralisme, tandis que Serge Espoir Matomba (PURS) défend un projet axé sur la souveraineté nationale.
Des candidatures marquées par la diversité et les symboles
Le scrutin enregistre aussi la participation de profils plus jeunes, comme Hiram Samuel Iyodi, 38 ans, qui propose un modèle « afro-socio-libéral ». Caxton Ateki Seta, 39 ans, issu de la société civile, s’inquiète de l’impossibilité pour les électeurs des régions anglophones de voter en raison de l’insécurité persistante.
Un autre symbole fort réside dans la candidature de Patricia Hermine Tomaïno Ndam Njoya, seule femme de cette présidentielle. À la tête de l’UDC depuis 2020, elle appelle à un « programme consensuel » de l’opposition, issu notamment de la « déclaration de Foumban » signée cet été.
La Présidentielle au Cameroun se déroulera dans un contexte marqué par l’insécurité, la fragmentation de l’opposition et la longévité exceptionnelle du président sortant. Si Paul Biya conserve un appareil politique solide, l’éparpillement des candidatures limite pour l’instant les chances d’une alternance portée par un front uni. Au-delà de l’issue du vote, ce scrutin déterminera si le Cameroun s’engage dans la continuité ou amorce enfin un changement institutionnel après 43 années de présidence Biya.