Alors que la Tanzanie s’apprête à vivre une élection présidentielle décisive, la reprise du procès de l’opposant Tundu Lissu soulève des interrogations majeures sur l’indépendance de la justice et l’intégrité du processus électoral. L’accusation de trahison portée contre cette figure emblématique de l’opposition révèle les fractures d’un système politique en quête de légitimité.
Un procès sous tension politique
Le 6 octobre 2025, à Dodoma, la justice tanzanienne a rouvert le procès de Tundu Lissu, ancien candidat à la présidence et membre influent du parti CHADEMA. Il est poursuivi pour trahison, à la suite de discours considérés comme des incitations à la rébellion. Arrêté en avril, Lissu rejette en bloc ces accusations, dénonçant une instrumentalisation politique de la justice. Il affirme que cette procédure vise à écarter les voix dissidentes à l’approche des élections générales.
L’un des éléments les plus significatifs de ce procès réside dans la décision des autorités judiciaires d’en interdire la diffusion en direct. Officiellement justifiée par la “protection des témoins”, cette restriction limite l’accès du public à une affaire pourtant d’intérêt national. Cette mesure alimente les critiques sur le manque de transparence de l’appareil judiciaire et sa capacité à garantir un procès équitable.
Un processus électoral amputé de l’opposition
Dans un contexte déjà marqué par des tensions, la commission électorale tanzanienne a refusé de valider la candidature du parti CHADEMA à l’élection présidentielle. Ce rejet exclut de facto la principale formation d’opposition du scrutin, restreignant le choix démocratique des électeurs. L’éviction du parti de Lissu, combinée à l’ouverture de son procès, renforce l’idée d’un resserrement du champ politique.
La présidente sortante Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis 2021, se représente pour un nouveau mandat. En l’absence de concurrents de poids, seuls des candidats issus de partis mineurs apparaissent dans la course. Cette configuration interroge sur la réalité du pluralisme politique dans le pays et sur la capacité du système électoral à offrir des conditions de compétition équitables.
Le déroulement du procès de Tundu Lissu et l’exclusion du CHADEMA du processus électoral soulignent une dynamique de fragilisation des contre-pouvoirs en Tanzanie. L’enjeu dépasse la situation personnelle de l’opposant. Il s’agit de l’avenir du débat démocratique dans un pays où l’espace civique semble de plus en plus restreint. À mesure que la date du scrutin approche, la communauté nationale et internationale observe attentivement le respect des principes fondamentaux de l’État de droit.