Le Ghana se retrouve au centre de nombreuses interrogations après la révélation de vols de reconnaissance américains liés à une récente opération militaire menée au Nigeria contre des positions du groupe État islamique. Selon une enquête de l’agence Reuters, plusieurs aéronefs américains auraient décollé du territoire ghanéen avant de survoler le nord du Nigeria, relançant le débat sur le rôle stratégique d’Accra dans la nouvelle architecture sécuritaire américaine en Afrique de l’Ouest.
Une activité aérienne américaine inhabituelle au Ghana
Depuis le mois de novembre, plus d’une vingtaine d’avions militaires américains ont atterri au Ghana. Cette présence aérienne, jugée exceptionnelle, a été documentée par le journaliste ghanéen Eliasu Tanko à partir de données de vols accessibles en open source. Selon lui, ces appareils provenaient aussi bien des États-Unis que de Djibouti, un autre hub militaire américain en Afrique.
Ensuite, plusieurs de ces avions ont effectué des missions répétées depuis Accra ou Tamale vers le nord du Nigeria. Puis, ils sont retournés au Ghana après de courts survols. Cette régularité alimente les soupçons d’une utilisation du territoire ghanéen comme plateforme logistique et de renseignement.
Par ailleurs, ces vols auraient précédé les frappes américaines menées, en coordination avec les autorités nigérianes, durant la période de Noël. Ce calendrier renforce l’idée d’une préparation opérationnelle menée depuis le Ghana, même en l’absence d’annonce officielle.
Un cadre légal qui alimente les soupçons
Officiellement, les États-Unis ne disposent pas de base militaire permanente au Ghana. Toutefois, un accord de coopération militaire signé en 2018 entre Washington et Accra offre un cadre légal souple. Cet accord autorise notamment l’armée américaine à utiliser certaines installations militaires ghanéennes et à y déployer du matériel en cas de besoin.
Depuis leur retrait du Niger en 2024, les forces américaines cherchent de nouveaux points d’appui dans la région. Dans ce contexte, le Ghana apparaît comme un partenaire stable, politiquement fiable et bien positionné géographiquement. Ainsi, Accra pourrait jouer un rôle clé sans accueillir formellement une base étrangère.
Cependant, le gouvernement ghanéen reste silencieux. Malgré plusieurs sollicitations, aucune réaction officielle n’a confirmé ou infirmé ces informations. Ce mutisme entretient les spéculations et suscite des débats au sein de l’opinion publique.
Si aucune preuve formelle ne confirme un redéploiement militaire américain au Ghana, les faits observés dessinent une évolution stratégique majeure. Le pays pourrait devenir, discrètement, un maillon central de la présence sécuritaire américaine en Afrique de l’Ouest.