La justice portugaise a frappé un grand coup dans un dossier mêlant argent liquide, soupçons de blanchiment et instabilité politique en Guinée-Bissau. À Lisbonne, la Police judiciaire a intercepté un homme d’affaires guinéen présenté comme un proche collaborateur de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. L’opération, menée dans un cadre militaire sensible, met en lumière des circuits financiers opaques à forte dimension politique.
Une interpellation spectaculaire à l’aéroport militaire de Lisbonne
Dimanche, les agents de la Police judiciaire portugaise ont interpellé Tito Gomes Fernandes à l’aéroport militaire Figo Maduro. L’homme d’affaires arrivait à bord d’un vol déclaré comme militaire en provenance de Guinée-Bissau. Toutefois, les autorités ont rapidement relevé plusieurs incohérences dans le plan de vol transmis. Initialement annoncé à destination de Beja, l’appareil a finalement atterri à Lisbonne.
Lors du contrôle, les enquêteurs ont découvert environ cinq millions d’euros en espèces dans les bagages du suspect. Selon la Police judiciaire, ces fonds ne disposaient d’aucune justification légale claire. L’opération a mobilisé l’administration fiscale portugaise, alertée par un renseignement anonyme jugé crédible. Les autorités soupçonnent des faits de contrebande et de blanchiment d’argent à grande échelle.
Par ailleurs, l’épouse de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló se trouvait également à bord du vol. Les enquêteurs n’ont toutefois procédé à aucune arrestation la concernant. Les médias portugais soulignent que la saisie a nécessité plusieurs heures de vérifications, tant le volume d’argent et le contexte diplomatique exigeaient de la prudence.
Une affaire étroitement liée à la crise politique en Guinée-Bissau
Cette interpellation s’inscrit dans un climat politique explosif en Guinée-Bissau. Le 26 novembre dernier, un commandement militaire a renversé Umaro Sissoco Embaló, quelques heures avant la proclamation attendue des résultats présidentiels. Le général Horta N’Tam a pris la tête d’une transition annoncée pour une durée d’un an.
Après son éviction, l’ancien président a brièvement été retenu avant de quitter le pays. Il a d’abord rejoint le Sénégal, puis la République du Congo, où il se trouve actuellement. Cette séquence a ravivé les tensions internes et attiré l’attention internationale sur les réseaux politiques et financiers liés à l’ancien régime.
Dans ce contexte, les autorités portugaises entendent éclaircir l’origine exacte des fonds saisis. Tito Gomes Fernandes doit comparaître devant un juge pour un premier interrogatoire. La justice décidera alors des mesures coercitives à appliquer. Cette procédure pourrait ouvrir de nouvelles pistes sur les flux financiers sortant de Guinée-Bissau au moment de la chute du pouvoir.