Coup d’État en Guinée-Bissau : les dessous explosifs du plan de Umaro Sissoco Embaló

décembre 6, 2025

La Guinée-Bissau fait face à une crise politique inédite. Umaro Sissoco Embaló, président déchu, subit des accusations graves. Ses opposants affirment qu’il a simulé un coup d’État pour masquer sa défaite à la présidentielle du 23 novembre. Pour l’heure, les résultats restent introuvables. Dans ce climat tendu, le pays endure une forte pression. Au sommet de l’appareil sécuritaire, le général Horta N’Tam, ancien proche du chef de l’État, contrôle désormais la transition. Ainsi, cette séquence politique soulève de nombreuses questions.

Une ascension fulgurante nourrie par un vaste réseau régional

Umaro Sissoco Embaló ne correspondait pas au profil classique du président de la Guinée-Bissau. Ses débuts surprenaient les élites du pays. « Peu de gens, dans les cercles de pouvoir, le prenaient au sérieux », explique le chercheur Vincent Foucher. Pourtant, son parcours académique au Portugal, en Espagne et à Tel Aviv renforçait son image. Il maîtrise plusieurs langues et met en avant son grade de général de réserve. Ce mélange, jugé rassurant par certains, séduit de nombreux électeurs.

Son entrée au PAIGC marque une étape importante. Il devient Premier ministre entre 2016 et 2018 grâce à un accord politique. Puis, Embaló quitte le parti. En 2019, il se lance dans la course à la présidence. Au premier tour, le candidat arrive deuxième, mais il rallie plusieurs adversaires éliminés. Au final, Embaló remporte l’élection face à Domingos Simões Pereira. La Commission nationale électorale valide la victoire. Selon Vincent Foucher, « il a réussi à tirer son épingle du jeu dans un univers politique impitoyable ».

Parallèlement, ses relations internationales renforcent encore son influence. Il circule dans les réseaux de Mouammar Kadhafi et de Blaise Compaoré. Ce dernier lui remet un passeport diplomatique pour faciliter ses déplacements. Plus tard, Macky Sall, Muhammadu Buhari et Denis Sassou Nguesso s’ajoutent à ses soutiens. Embaló appelle ce dernier « Papa ». Ainsi, ce réseau élargit son champ d’action en Afrique de l’Ouest et ailleurs.

Une gouvernance contestée entre dissolutions, tensions et accusations d’autoritarisme

Une fois élu en 2020, Umaro Sissoco Embaló promet de lutter contre la corruption. Pendant sa campagne, il brandit un balai pour symboliser le changement. Par la suite, il multiplie les déplacements. Il visite plusieurs pays africains pour consolider ses alliances. Ensuite, il se rend en Russie, en France puis aux États-Unis, où Donald Trump l’accueille en juillet 2025. À la Cédéao, il défend la démocratie face aux coups d’État au Sahel. Cette image, jugée rassurante, séduit certains partenaires régionaux.

Sur le plan intérieur, son bilan provoque cependant de fortes critiques. L’opposition l’accuse de concentrer les pouvoirs entre ses mains. En 2022, il dissout l’Assemblée nationale. Il affirme que les députés transforment l’institution en « espace de guérilla politique et de complot ». Un an plus tard, une tentative de putsch encore floue lui donne un nouvel argument pour dissoudre le parlement. Il remanie alors le gouvernement et prend le contrôle de la Défense et de l’Intérieur. Le PAIGC parle à ce moment-là de « coup d’État constitutionnel ».

La présidentielle de 2025 crée une autre rupture majeure. Le chef de l’État repousse la date du scrutin. Son mandat devait pourtant s’achever en février. Ensuite, la Cour suprême exclut le PAIGC pour une raison administrative. Cette décision, inédite depuis l’indépendance, choque le pays. Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, déclare que Embaló « vantait des valeurs démocratiques » mais qu’il « s’est comporté chez lui en dictateur ». De fait, cette critique fragilise encore son image, déjà contestée.

Un « coup d’État cérémoniel » qui plonge le pays dans l’incertitude

Le 26 novembre, trois jours après le vote, Umaro Sissoco Embaló contacte Jeune Afrique et France 24. Il affirme avoir échappé à un coup d’État. Cette annonce provoque alors une onde de choc régionale. Goodluck Jonathan, chef de la mission d’observation électorale de la Cédéao, parle d’un « coup d’État cérémoniel ». Il ajoute que « c’était une cérémonie menée par le chef d’État lui-même ». De son côté, Ousmane Sonko, Premier ministre sénégalais, dénonce « une combine ». Selon lui, « ce n’est pas normal ».

Le même jour, des hommes armés confisquent les procès-verbaux de la présidentielle. La Commission électorale explique qu’elle ne peut plus publier les résultats. Dans le même temps, plusieurs personnalités politiques se retrouvent en détention, dont Domingos Simões Pereira. La Cédéao réclame une libération immédiate des détenus. Parallèlement, les organisations de la société civile exigent la vérité sur le scrutin.

Ensuite, le général Horta N’Tam prend la tête du pays. Cet officier avait reçu sa promotion directement d’Embaló. Cette continuité alimente donc les soupçons d’une mise en scène. Beaucoup y voient une tentative pour maintenir le même cercle au pouvoir. Après Dakar et Brazzaville, Umaro Sissoco Embaló rejoint Rabat. Son isolement surprend plusieurs observateurs. Même Denis Sassou Nguesso refuse de l’accueillir. À ce stade, cette distance confirme le recul de son influence.

Pour Vincent Foucher, tout indique que l’ex-président « voulait empêcher ses adversaires de prendre le pouvoir ». En fin de compte, son plan semble s’être effondré. La Guinée-Bissau reste dans l’incertitude et attend toujours les résultats de la présidentielle. Le pays vit une période de doute prolongé. Embaló, lui, voit ses perspectives politiques diminuer chaque jour.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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