À l’aube du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025, le Cameroun se trouve face à un carrefour politique aux allures de déjà-vu. Alors que Paul Biya s’apprête à briguer un nouveau mandat à 92 ans, les signaux d’essoufflement démocratique se multiplient. Loin d’un débat électoral équilibré, la compétition, c’était déjà annoncé verrouillée, rythmée par des exclusions politiques stratégiques et un appareil d’État solidement ancré dans le jeu électoral. La question se pose alors avec insistance : le Cameroun peut-il espéré une alternance politique crédible ou assiste-t-on à la mise en scène d’un statu quo prolongé ?
Des tendances favorables à Paul Biya déjà perceptibles
Le dimanche 12 octobre 2025, le Cameroun est allé aux urnes dans une ambiance officiellement calme, mais marquée par des zones de tensions palpables. Les bureaux de vote ont fermé comme prévu, et les opérations de dépouillement ont commencé rapidement à travers le pays. Toutefois, des témoignages locaux rapportent à RFI des rétentions de bulletins, des contestations sur le matériel électoral, ou des difficultés d’accès dans certaines zones rurales ou anglophones.
Dès les premières remontées de données des bureaux de vote situés dans les grandes villes comme Yaoundé, Douala et Maroua, Paul Biya est crédité d’une avance significative. Même dans des zones réputées moins favorables au pouvoir, l’écart reste élevé, ce qui renforce l’idée que l’issue du scrutin pourrait ne pas échapper au candidat sortant. En l’absence de second tour, le système électoral camerounais prévoyant l’élection au premier tour quel que soit le score, la victoire se profile pour celui qui est en tête du dépouillement.
La dynamique de contrôle est accentuée par l’absence volontaire ou par contrainte de candidatures jugées structurantes. Maurice Kamto, figure de l’opposition la plus visible, n’a pas été validé par le Conseil constitutionnel pour concourir. Cette exclusion a privé l’électorat d’une alternative crédible capable de cristalliser les mécontentements nés des inégalités du jeu politique.
Une opposition morcelée face à un système bien huilé
L’opposition a dû composer avec ses propres divisions et faiblesses stratégiques. Aucun pacte solide ou coalition unifiée n’a émergé pour rassembler les forces contre la machine du RDPC. Les querelles internes, les ambitions personnelles et l’absence d’un leadership incontesté ont empêché l’éclosion d’une candidature capable de rivaliser sérieusement. Dans un contexte où chaque voix compte, cette dispersion a joué en faveur du camp en place.
Le cadre institutionnel lui-même constitue une entrave. ELECAM, chargé de l’organisation électorale, et le Conseil constitutionnel continuent d’être perçus par une partie de la société civile comme des structures sous influence. Le processus de validation des candidatures, notamment, apparaît comme un filtre politique plutôt qu’un examen neutre. Dans plusieurs circonscriptions, des électeurs et observateurs locaux dénoncent des conditions inégales, des retards dans le matériel, ou des interventions locales susceptibles d’influencer le déroulement du vote.
Après le vote : voies ouvertes ou crise latente ?
Les prochains jours décideront de la suite. Si le Conseil constitutionnel entérine rapidement les résultats, en l’absence de contestations crédibles, cela confortera le régime dans une posture de continuité, mais sans lever les interrogations sur la légitimité démocratique du scrutin. Si des recours sont déposés ou des contestations organisées, elles pourraient raviver les tensions, notamment dans les régions anglophones ou parmi la jeunesse urbaine, déjà soumise à un sentiment de repli politique.
Au-delà du verdict formel, la question de la transition est centrale. Paul Biya, à 92 ans, représente une figure historique de la vie politique camerounaise, mais sans réforme institutionnelle substantielle, l’avenir post mandat demeure fragile.
Un pouvoir enraciné dans les institutions
Depuis son accession à la présidence en 1982, Paul Biya a progressivement consolidé son emprise sur l’ensemble des leviers de pouvoir. La suppression de la limitation des mandats en 2008 a entériné une présidence à durée indéterminée. Soutenu par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Biya a su préserver son autorité à travers un contrôle renforcé des institutions : Conseil constitutionnel, ministère de l’Administration territoriale, et surtout ELECAM, organe chargé des élections, régulièrement pointé du doigt pour son manque d’indépendance.
Cette hyper-centralisation se déploie dans un contexte de crise politique chronique. La question anglophone reste une plaie ouverte, tout comme les tensions dans la région de l’Extrême-Nord confrontée au djihadisme. À cela, s’ajoute une jeunesse marginalisée, un taux de chômage élevé et un système éducatif en crise. La promesse d’un renouvellement démocratique semble suspendue à un appareil étatique verrouillé, où la règle électorale ; un seul tour sans majorité absolue requise, favorise systématiquement le sortant.