Somalie : les dessous de la rupture totale avec les Emirats

janvier 15, 2026

La Somalie a annoncé le 12 janvier 2026 la suspension de tous ses accords avec les Émirats arabes unis, touchant tant les projets économiques que la coopération en matière de défense. Cette décision fait suite à la révélation selon laquelle un séparatiste yéménite, Aidarous al-Zoubaidi, chef du Conseil de transition du Sud du Yémen, aurait été exfiltré vers Abou Dabi en passant par le territoire somalien. Mogadiscio qualifie cette opération d’« actions hostiles » et dénonce une atteinte à sa souveraineté.

Ports stratégiques et tensions économiques

La décision somalienne concerne directement les ports de Berbera, Bosaso et Kismayo, gérés par Dubaï Port World, acteur majeur du secteur portuaire mondial. Le port de Berbera, avec ses investissements de plus de 440 millions de dollars, représente un hub stratégique pour le commerce régional et international, reliant la Corne de l’Afrique au Moyen-Orient et à l’Asie.

Défi pour la gouvernance portuaire

La rupture avec les Émirats intervient dans un contexte de gouvernance fragmentée, où les administrations régionales somaliennes et les opérateurs privés concluaient des accords indépendamment du gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral cherche désormais à reprendre le contrôle et à centraliser la gestion des infrastructures stratégiques, afin de sécuriser les revenus portuaires et de préserver la souveraineté économique.

Répercussions sur le commerce et la logistique

L’annulation des accords émiratis pourrait provoquer une période d’incertitude pour la continuité des opérations portuaires, en particulier pour les flux d’importations et d’exportations. Bosaso et Kismayo, essentiels pour le commerce transfrontalier, pourraient subir des perturbations si des mesures transitoires ne sont pas rapidement mises en place, entraînant une hausse des coûts logistiques et un impact sur les prix domestiques.

Conflits régionaux et enjeux politiques

La décision de Mogadiscio ne se limite pas aux aspects économiques. Le président Hassan Sheikh Mohamud accuse les Émirats d’ingérence, en particulier dans le Somaliland récemment reconnu par Israël. Abu Dhabi aurait utilisé la région pour faciliter le transit d’Aidarous al-Zoubaidi, renforçant ainsi son influence politique dans un territoire sécessionniste.

Réactions des administrations régionales

Les autorités du Somaliland, Puntland et Jubaaland ont contesté la décision du gouvernement fédéral, rappelant qu’elles avaient passé des accords avec les Émirats sans que Mogadiscio n’ait autorité sur ces contrats. Le Somaliland représente plus d’un quart du territoire somalien, et Puntland et Jubaaland entretiennent des relations complexes avec le gouvernement central. Cette contestation révèle les tensions internes persistantes autour de la souveraineté et de la gestion des ressources stratégiques.

Sécurité et implications militaires

Au-delà du commerce, les Émirats contrôlaient des infrastructures militaires dans le Somaliland, assurant la protection de leurs investissements portuaires. La rupture pourrait affaiblir la capacité d’Abu Dhabi à sécuriser ces actifs et à influencer la circulation commerciale régionale, tout en donnant à Mogadiscio l’opportunité de renforcer sa présence et son autorité sur les installations stratégiques.

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Une redistribution des alliances régionales

Cette décision ouvre également la porte à de nouveaux partenariats régionaux, notamment avec l’Arabie saoudite, qui possède des capacités financières et stratégiques pour sécuriser les routes commerciales du golfe d’Aden et du détroit de Bab el-Mandeb. Mogadiscio pourrait ainsi recomposer ses alliances économiques et géopolitiques, limitant l’influence d’Abu Dhabi tout en consolidant sa souveraineté sur les ports somaliens.

Défi pour la Somalie

Pour Mogadiscio, le principal enjeu est désormais de stabiliser la gouvernance portuaire, sécuriser les flux commerciaux et capter durablement les revenus associés. La réussite de cette politique sera déterminante pour la trajectoire économique du pays et sa crédibilité régionale, dans un contexte marqué par des tensions internes et des rivalités internationales dans la Corne de l’Afrique.

morgan dossou africactu auteur

Morgan DOSSOU

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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