Nigeria : les prix du carburant explosent malgré la raffinerie Dangote

mars 30, 2026

Les prix du carburant au Nigeria atteignent des niveaux record en 2026, malgré la mise en service de la raffinerie géante de Dangote. L’essence a augmenté de 65 %, un record sur le continent, dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient et des tensions sur l’approvisionnement en pétrole brut. Cette situation met en évidence les limites du modèle énergétique du pays, pourtant premier producteur de pétrole en Afrique.

Une raffinerie géante incapable de stabiliser les prix

La raffinerie Dangote, avec une capacité de 650 000 barils par jour, est la plus grande d’Afrique. Elle devait réduire la dépendance du Nigeria aux importations de carburant. Cependant, elle ne suffit pas à stabiliser le marché. Elle est contrainte d’importer une grande partie de son pétrole brut à des prix élevés.

Elle ne parvient à sécuriser que cinq cargaisons locales par mois, alors qu’il lui en faudrait entre 13 et 15 pour fonctionner à plein régime. Le problème est structurel. Une grande partie de la production pétrolière du Nigeria est déjà engagée.

Les volumes sont liés à des prêts adossés au pétrole et à des contrats avec des compagnies internationales. Sur environ 1,5 million de barils produits chaque jour, près de 400 000 barils servent à rembourser ces engagements financiers. Résultat, le pays doit importer du brut malgré son statut de premier producteur africain.

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Une hausse record du carburant et ses conséquences

La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran a bouleversé le marché énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz, passage clé pour près de 20 % de l’énergie mondiale, est quasiment bloqué. Les prix du pétrole ont dépassé les 100 dollars le baril, soit une hausse d’environ 50 %. Cette hausse se répercute directement sur le Nigeria, qui dépend désormais des prix internationaux pour son approvisionnement.

Le prix de l’essence a bondi de 65 %, le niveau le plus élevé parmi les grandes économies africaines. À Lagos et Abuja, le litre atteint environ 1 400 nairas, un record historique. Cette hausse entraîne une inflation immédiate. Les coûts du transport et des produits alimentaires ont doublé dans certains cas. Les conducteurs de VTC ont organisé des manifestations. Les ménages et les entreprises, dépendants des générateurs, sont directement touchés.

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L’absence de réserve stratégique fragilise le pays

Le Nigeria ne dispose d’aucune réserve stratégique de carburant. Cette absence aggrave l’exposition aux chocs externes. Selon les analystes, une réserve aurait permis de limiter l’impact de la flambée des prix et de sécuriser l’approvisionnement en cas de crise prolongée.

Le président Bola Tinubu a supprimé les subventions sur le carburant en 2023. Cette réforme a été saluée par les investisseurs internationaux. Mais elle expose désormais directement les consommateurs aux variations du marché mondial. Le gouvernement refuse d’intervenir sur les prix et privilégie un système de marché.

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Une crise appelée à durer

Les autorités excluent un retour aux subventions. Des mesures ponctuelles sont envisagées, comme des aides ciblées ou des incitations fiscales. Mais les tensions devraient persister tant que les prix du pétrole restent élevés et que l’approvisionnement local reste limité.

Le cas du Nigeria révèle un paradoxe majeur. Être un grand producteur de pétrole ne protège plus automatiquement contre la hausse des prix du carburant.

Enagnon Wilfried ADJOVI

Enagnon Wilfried ADJOVI

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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