Cameroun : Issa Tchiroma Bakary appelle à une marche pacifique, 02 de ses partisans arrêtés

octobre 25, 2025

Au Cameroun, l’opposant Issa Tchiroma Bakary a lancé un appel à la mobilisation pacifique pour ce dimanche 26 octobre 2025, alors que le pays s’enfonce dans un climat de tension politique inédit depuis le scrutin présidentiel du 12 octobre. Tandis que les manifestations pro-Tchiroma se multiplient, certains de ses partisans se sont constitués en boucliers humains autour de sa résidence, dans la crainte d’une arrestation imminente. De partisans de l’opposant ont été arrêtés.

Une opposition galvanisée, mais sous pression

Dans une allocution solennelle diffusée vendredi 24 octobre, Issa Tchiroma Bakary a exhorté ses partisans à descendre dans la rue de manière pacifique, dans ce qu’il présente comme un « acte citoyen de résistance démocratique ». Le candidat de l’Union pour le Changement 2025, qui revendique la victoire avec 54,8 % des voix, a appelé les Camerounais à « rester unis, dignes et déterminés », insistant sur le fait que « l’avenir du Cameroun appartient à ses enfants ».

Mais derrière cet appel à la discipline et à la non-violence, la tension monte. Depuis plusieurs jours, des rassemblements spontanés de soutien à Tchiroma ont lieu à Douala, Yaoundé et Garoua, souvent dispersés par les forces de l’ordre. L’opposant affirme faire l’objet de menaces directes et redoute un assaut contre son domicile. « J’entends dire — et je reçois des informations — qu’un assaut musclé se prépare contre moi. Tout ça pour Tchiroma ? Allez-vous lancer un assaut contre tout le peuple camerounais ? » , a-t-il lancé dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux.

Certains de ses proches n’ont pas échappé à la répression. Deux de ses soutiens de premier plan, Anicet Ekane et Djeukam Tchameni, membres de l’Union pour le Changement 2025, ont été arrêtés vendredi à Douala. Pour l’opposition, ces interpellations sont perçues comme des mesures d’intimidation à l’approche de la proclamation des résultats officiels prévue lundi 27 octobre par le Conseil constitutionnel.

Le pouvoir appelle au calme, la rue s’embrase

Du côté du gouvernement, la ligne officielle reste inchangée. Le porte-parole a appelé les citoyens à « garder leur calme et à demeurer confiants dans les institutions républicaines », dénonçant des « actes de provocation et de désordre ». L’exécutif assure vouloir préserver la paix et la stabilité, tout en laissant au Conseil constitutionnel le soin de trancher le différend électoral.

Pourtant, la rue semble décidée à faire entendre sa voix. Dans plusieurs villes, les sympathisants d’Issa Tchiroma scandent des slogans appelant à la reconnaissance de sa victoire, tandis que des vidéos circulant en ligne montrent des cortèges brandissant des drapeaux du mouvement de l’opposant. Le climat reste électrique, alimenté par l’incertitude des résultats et la rivalité historique entre Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, et Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu opposant farouche.

L’annonce selon laquelle Paul Biya aurait proposé un poste de Premier ministre à Tchiroma n’a fait qu’attiser la controverse. Le camp de ce dernier y voit une tentative de division, tandis que d’autres y perçoivent une manœuvre politique destinée à désamorcer la crise. À mesure que le jour de la proclamation approche, le pays s’enfonce dans une attente fébrile, partagé entre crainte et espoir. Les appels à la paix se multiplient, notamment de la part d’organisations religieuses et de la société civile. Mais sur le terrain, la colère gronde, nourrie par un sentiment de défiance vis-à-vis des institutions et par la conviction, chez de nombreux partisans de l’opposition, que la victoire leur a été volée.

Le dimanche 26 octobre, la marche annoncée par Issa Tchiroma Bakary pourrait marquer un tournant décisif dans cette séquence politique tendue. Si elle se déroule sans heurts, elle pourrait renforcer son image de leader du changement pacifique. Dans le cas contraire, elle risque de précipiter le Cameroun dans une nouvelle zone d’incertitude, à la veille d’un verdict électoral qui s’annonce historique.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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