Cameroun : Issa Tchiroma Bakary lance un ultimatum au pouvoir pour libérer les détenus post-électoraux

novembre 10, 2025

La tension politique reste vive au Cameroun près d’un mois après la présidentielle du 12 octobre. L’opposant Issa Tchiroma Bakary, qui refuse toujours de reconnaître la réélection de Paul Biya pour un huitième mandat, a lancé ce dimanche 9 novembre un ultimatum au gouvernement. Dans une nouvelle vidéo diffusée depuis son exil au Nigeria, l’ancien ministre de la Communication, exige la libération « sans condition » de tous les détenus arrêtés dans le cadre des manifestations post-électorales. Faute de quoi, il prévient que « le peuple se retrouvera en situation de légitime défense ».

Que fera Issa Tchiroma Bakary après son ultimatum ?

Dans cette vidéo relayée sur les réseaux sociaux, Issa Tchiroma Bakary, qui continue de se présenter comme le « président élu » du Cameroun, a tenu des propos d’une rare fermeté. « Je donne 48 heures aux autorités pour libérer tous les prisonniers arrêtés dans le cadre de la crise post-électorale. Sinon, le peuple agira en légitime défense », a-t-il déclaré.

L’opposant, deuxième selon les résultats officiels de la présidentielle, dénonce un « gangstérisme d’État » qu’il attribue au pouvoir en place à Yaoundé. Il fustige « des centaines, voire des milliers de Camerounais arrêtés, incarcérés, persécutés », dans ce qu’il décrit comme une répression politique de grande ampleur. Il évoque une situation « inacceptable et intolérable », accusant le régime d’utiliser les forces de sécurité pour étouffer toute contestation liée aux résultats du scrutin.

Depuis la prestation de serment de Paul Biya, le 6 novembre, Issa Tchiroma tente de maintenir la pression sur le pouvoir. Après avoir appelé à des manifestations et à des journées « villes mortes », il ouvre ainsi une nouvelle phase de confrontation directe avec le régime, cherchant à mobiliser la population autour de sa revendication de victoire, alors que lui-même se trouverait en exil au Nigeria, où il aurait trouvé refuge après la vague d’arrestations ayant suivi la présidentielle.

https://twitter.com/lsiafrica/status/1987585006844133394

Le pouvoir dénonce des « provocations irresponsables »

Face à cette sortie jugée provocatrice, les autorités camerounaises ont rapidement réagi. Benoît Ndong Soumhet, ministre chargé de mission à la présidence et membre du comité central du RDPC, le parti au pouvoir, a déclaré que « les arrestations ont eu lieu dans le cadre du maintien de l’ordre face à des actes de destruction et de pillage ». Pour le gouvernement, les forces de l’ordre n’ont fait qu’agir pour préserver la stabilité du pays après plusieurs manifestations violentes observées dans les grandes villes. Le responsable du RDPC a ajouté que le pouvoir « attend de voir quelles forces M. Tchiroma prétend pouvoir déployer pour mettre sa menace à exécution », qualifiant son discours de « pure agitation politique ».

Selon des organisations de la société civile, près de 2 000 personnes auraient été interpellées ces dernières semaines, parmi lesquelles des cadres de partis politiques, des responsables syndicaux et plusieurs journalistes. On compterait également une trentaine de morts, bien que ces chiffres ne soient pas confirmés par les autorités. Alors que le pays s’enfonce dans une crise post-électorale aux contours incertains, la rhétorique de défiance entre pouvoir et opposition ne cesse de s’intensifier. Entre un président vieillissant, un opposant en exil et une population fatiguée de sa situation sociale précaire, et assoiffée du changement, le Cameroun semble plus que jamais à la croisée des chemins politiques et institutionnels.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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