À quelques jours des élections générales prévues dimanche en Guinée-Bissau, une inquiétude palpable traverse la capitale. Près de 860 000 électeurs sont attendus aux urnes dans un climat politique tendu, marqué par la méfiance, les accusations de dérive autoritaire et les tentatives de coup d’État qui se sont succédé ces dernières années. Beaucoup redoutent que le vote ne soit un nouvel épisode de crise plutôt qu’un retour à la stabilité.
Un scrutin décisif dans un contexte de méfiance et de tensions
La présidentielle oppose Umaro Sissoco Embaló, candidat à sa propre réélection, à onze autres prétendants, dont son prédécesseur José Mario Vaz. Mais la campagne a été fortement marquée par une décision historique : l’exclusion du candidat du PAIGC par la Cour suprême, une première depuis l’indépendance en 1974. Cette décision a alimenté les soupçons d’ingérence et renforcé le sentiment d’un processus électoral verrouillé.
Dans les rues de Bissau, les habitants interrogés expriment un mélange de peur et de lassitude. L’avocat et analyste politique Augusto Nansambe résume le dilemme du moment : « La démocratie que nous avons connue il y a 29 ans n’est plus celle que nous vivons. Nous vivons un modèle défini par une seule personne. L’avenir de la Guinée-Bissau se joue entre dictature et démocratie. Ces élections sont décisives : soit nous confirmons la dictature, soit nous poursuivons avec la démocratie ».
Depuis la dissolution du Parlement en décembre 2023, Umaro Sissoco Embaló gouverne par ordonnance. En un an, plusieurs tentatives de coup d’État ont été rapportées, la plus récente remontant à octobre. Les manifestations et les rassemblements publics ont été interdits, alimentant une défiance croissante envers les institutions.
Un pays fragilisé entre tensions politiques et défi démocratique
Au-delà de la présidentielle, quatorze partis briguent les 102 sièges du Parlement, un enjeu crucial pour sortir de l’impasse institutionnelle qui paralyse le pays. Pourtant, de nombreux électeurs doutent que le scrutin puisse se dérouler dans des conditions pleinement équitables. L’opposition dénonce la prolongation du mandat présidentiel validée par la Cour suprême, tandis que certains observateurs internationaux craignent que les tensions actuelles ne dégénèrent en violences post-électorales, un scénario que la Guinée-Bissau a déjà connu à plusieurs reprises.
Pour beaucoup de citoyens, l’enjeu dépasse largement le choix d’un président : il s’agit de préserver une démocratie fragile, dans un pays où les alternances ont souvent été entravées par des tensions militaires, des rivalités partisanes et des crises institutionnelles à répétition.
À l’approche du 23 novembre, l’espoir d’un scrutin apaisé reste intact, mais l’inquiétude domine. La Guinée-Bissau se trouve à un tournant déterminant, où la moindre étincelle peut soit ouvrir la voie à une stabilité durable, soit replonger le pays dans un cycle de turbulences.