RDC : Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23, tué dans une frappe de drone près de Rubaya

février 25, 2026

Un nouveau tournant vient de frapper le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23, a été tué ce mardi 24 février 2026 dans une attaque de drone près de la cité minière de Rubaya, dans le territoire de Masisi, province du Nord-Kivu. L’information a été confirmée par un responsable du mouvement rebelle, tandis que plusieurs sources locales évoquent une frappe ciblée contre le convoi dans lequel il se trouvait. Cette disparition intervient dans un contexte d’intensification des combats et pourrait modifier l’équilibre stratégique dans la région.

Une frappe ciblée dans une zone stratégique

Selon des sources concordantes, l’attaque a visé un convoi rebelle à proximité de la mine de Rubaya, bastion logistique majeur de l’AFC/M23. Depuis lundi, plusieurs frappes de drones sont signalées dans cette zone, située sur l’un des axes de combats les plus actifs du moment.

Rubaya constitue un enjeu stratégique majeur. Le site abrite l’un des plus importants gisements de coltan au monde et fournirait entre 15 et 20 % de la production mondiale de ce minerai essentiel à l’industrie électronique. Depuis avril 2024, la mine est sous le contrôle de l’AFC/M23, mouvement que les Nations unies considèrent comme soutenu par le Rwanda.

Pour Kinshasa, la reconquête de Rubaya revêt une dimension économique et politique. La RDC a récemment conclu un partenariat stratégique avec les États-Unis fondé sur un échange « minerais contre sécurité », et Rubaya figurerait parmi les sites concernés.

Une figure centrale du M23 sous sanctions internationales

Willy Ngoma était l’un des visages les plus médiatisés de la rébellion depuis sa résurgence fin 2021. Ancien membre des Forces armées de la RDC (FARDC), il avait rejoint le M23 et cultivait une image d’homme de terrain, apparaissant régulièrement en uniforme, casque sur la tête et arme en bandoulière dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Au-delà de son rôle de communicant, plusieurs rapports onusiens le décrivaient comme un cadre militaire influent, impliqué dans la planification et la conduite d’opérations. Les Nations unies, l’Union européenne et les États-Unis l’avaient sanctionné.

L’Union européenne l’a inscrit sur sa liste de sanctions dès le 8 décembre 2022, gelant ses avoirs et lui interdisant l’entrée sur le territoire européen. En décembre 2023, les États-Unis ont également pris des mesures contre lui pour son rôle présumé dans de graves violations des droits humains, notamment des meurtres et des violences sexuelles commis en novembre 2022 à Kishishe, au Nord-Kivu. En février 2024, le Conseil de sécurité de l’ONU a estimé que ses activités compromettaient la paix dans la région.

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Un conflit qui se déplace dans les airs

La mort de Willy Ngoma illustre une évolution tactique majeure. Depuis la reprise des hostilités, l’armée congolaise peinait à reprendre des positions significatives face aux rebelles. Face à ces difficultés au sol, Kinshasa a accru le recours aux frappes aériennes et aux drones d’attaque.

Des médias congolais évoquent l’appui de forces spéciales formées avec le soutien d’acteurs étrangers, ainsi que la montée en puissance des milices Wazalendo, engagées en première ligne contre les positions du M23 autour de Rubaya, Minembwe et Kavumu.

Le mouvement rebelle accuse de son côté les FARDC d’avoir multiplié les frappes au Nord et au Sud-Kivu ces dix derniers jours. Avant l’annonce du décès, le numéro deux du mouvement, Bertrand Bisimwa, dénonçait déjà une violation du cessez-le-feu proposé par l’Angola.

Un revers politique pour l’AFC/M23

La disparition de Willy Ngoma représente un coup dur pour la chaîne de commandement et la stratégie de communication du mouvement. Figure charismatique et mobilisatrice auprès de certains combattants, il jouait un rôle clé dans la propagande et la cohésion interne.

Ce décès intervient après celui de Magloire Paluku et dans un contexte où les négociations de Doha et la médiation angolaise peinent à produire des résultats tangibles. L’attaque pourrait fragiliser davantage les perspectives de dialogue intercongolais. À ce stade, ni les autorités congolaises ni l’AFC/M23 n’ont publié de communiqué officiel détaillant les circonstances exactes de la frappe.

La mort de Willy Ngoma marque un épisode significatif dans une guerre qui ne cesse de se transformer. Entre enjeux sécuritaires, rivalités régionales et intérêts miniers internationaux, l’est de la RDC demeure l’un des théâtres les plus complexes du continent africain.

Enagnon Wilfried ADJOVI

Enagnon Wilfried ADJOVI

Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je produis des décryptages et analyses approfondies sur les enjeux politiques, économiques et technologiques qui redessinent le continent.

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