Les relations entre l’Algérie et le Mali connaissent depuis 2024 une détérioration notable. Cette évolution marque une rupture avec plusieurs décennies de coopération bilatérale. En effet, les désaccords se multiplient sur les plans diplomatique, sécuritaire et juridique. Longtemps, l’Algérie a joué un rôle central dans la médiation des crises maliennes. Toutefois, aujourd’hui, cette position est ouvertement remise en question. Les autorités de transition à Bamako contestent certaines orientations régionales. Ainsi, les relations entre les deux pays se retrouvent profondément fragilisées.
Une détérioration diplomatique progressive entre Alger et Bamako
Un premier tournant majeur dans les relations entre l’Algérie et le Mali intervient en janvier 2024. À cette période, les autorités maliennes annoncent la dénonciation de l’accord de paix signé en 2015 avec les groupes armés du nord du pays. Cet accord, connu sous le nom d’Accord pour la paix et la réconciliation, avait été négocié sous le parrainage direct de l’Algérie. Pendant plusieurs années, il a constitué un pilier du dialogue politique au Mali.
Du point de vue de Bamako, cet accord ne répond plus aux réalités sécuritaires actuelles. De plus, il ne correspond plus aux orientations politiques de la transition. À Alger, en revanche, cette décision suscite une forte incompréhension. Les autorités algériennes y voient une remise en cause de leur rôle historique de médiateur. Par conséquent, un climat de méfiance durable s’installe entre les deux capitales. Ce contexte affaiblit les mécanismes traditionnels de concertation bilatérale.
Des divergences croissantes sur les enjeux sécuritaires
Par ailleurs, les tensions s’intensifient sur le terrain sécuritaire. Les autorités maliennes multiplient les déclarations accusant l’Algérie de duplicité dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Selon Bamako, certaines positions algériennes apparaissent incompatibles avec la nouvelle stratégie sécuritaire adoptée par la transition. Ces critiques s’inscrivent dans un discours officiel de plus en plus ferme.
En réalité, ces divergences traduisent des approches différentes face aux menaces transfrontalières. L’Algérie privilégie une réponse régionale fondée sur la diplomatie et la coopération. Le Mali, de son côté, affirme une stratégie plus souveraine et résolument militarisée. Ainsi, cette divergence de vision alimente les crispations. Elle accélère également l’érosion progressive des relations entre les deux pays.
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Incidents militaires, contentieux juridiques et facteurs politiques
Un nouvel épisode vient aggraver la crise dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. L’Algérie annonce alors avoir abattu un drone militaire malien ayant pénétré son espace aérien. Les autorités maliennes reconnaissent la perte de l’appareil. Toutefois, elles contestent la version algérienne. Bamako nie toute violation de souveraineté.
Dans la foulée, le Mali saisit la Cour internationale de Justice. Les autorités estiment que l’action algérienne porte atteinte à leur intégrité territoriale. Cependant, la procédure n’aboutit pas. La juridiction indique ne pas pouvoir poursuivre l’examen du dossier sans acceptation formelle de compétence par l’Algérie.
Enfin, la situation de l’imam Mahmoud Dicko constitue un autre facteur de tension. Installé en Algérie depuis décembre 2023, il annonce depuis l’étranger la création d’un mouvement politique d’opposition. À Bamako, cette initiative est perçue comme un élément supplémentaire de fragilisation des relations entre l’Algérie et le Mali.
À ce stade, aucun signal concret de normalisation n’apparaît. Les désaccords diplomatiques, sécuritaires et politiques demeurent profonds. Par conséquent, l’évolution future des relations entre Alger et Bamako reste incertaine.