Une dizaine de jours après la tentative de coup d’État militaire déjouée, le Bénin fait face à une riposte judiciaire et sécuritaire d’ampleur. Les autorités ont enclenché une série de poursuites ciblant les auteurs présumés du putsch avorté. Cette réponse ferme intervient dans un climat politique déjà tendu, à quelques mois d’une transition institutionnelle majeure.
Des militaires au cœur de la procédure judiciaire
Mardi 16 décembre, une trentaine de personnes ont été placées sous mandat de dépôt à Cotonou, à l’issue de leur comparution devant le procureur spécial du tribunal chargé des crimes économiques et du terrorisme. Parmi les accusés figurent majoritairement des militaires, soupçonnés d’avoir participé activement à la tentative de renversement du pouvoir.
Les chefs d’accusation retenus sont lourds. Les prévenus font face à des poursuites pour trahison, meurtre et atteinte à la sûreté de l’État. À l’issue de l’audience, le parquet a ordonné leur placement en détention provisoire, en attendant l’ouverture formelle du procès.
Pour rappel, le 7 décembre dernier, des soldats sont apparus à la télévision publique pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Cependant, les forces armées restées loyales ont rapidement repris le contrôle de la situation. Dans ce contexte, l’armée de l’air nigériane ainsi que des forces spéciales françaises ont apporté un appui décisif aux autorités béninoises.
Un contexte politique et sécuritaire sous haute tension
Malgré l’échec du putsch, les conséquences humaines restent lourdes. Plusieurs personnes ont perdu la vie lors des affrontements. Par ailleurs, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté comme le cerveau présumé du complot, demeure en fuite, tout comme d’autres soldats impliqués.
Dans le même temps, des interpellations visant certaines figures de l’opposition ont suscité des inquiétudes au sein de la société civile. Plusieurs observateurs redoutent un durcissement du climat politique, alors que le pays s’approche d’une échéance cruciale.
En effet, Patrice Talon doit céder le pouvoir en avril 2026, après avoir fait deux mandats successifs. Durant sa présidence, le chef de l’État a enregistré des avancées économiques notables. Toutefois, ses détracteurs dénoncent une gouvernance jugée autoritaire et une restriction progressive de l’espace politique.