Le suspense est levé. Le chef de la junte guinéenne, le général Mamadi Doumbouya, a officiellement déposé sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 28 décembre 2025. L’annonce a été faite ce lundi 3 novembre 2025, soir, dernier jour fixé pour le dépôt des dossiers selon le code électoral. Celui qui dirige le pays depuis le coup d’État de septembre 2021, qui avait renversé l’ex-président Alpha Condé, se lance donc dans la course à la magistrature suprême — une décision qui met fin à des mois de spéculations et soulève de vives réactions dans le pays.
Une promesse trahie et une élection verrouillée
En 2021, au lendemain du coup d’État, le général Doumbouya avait pourtant pris un engagement solennel devant le peuple guinéen et la communauté internationale : « Ni moi, ni aucun membre de cette transition ne serons candidats à quoi que ce soit… En tant que soldats, nous accordons une grande importance à notre parole ». Quatre ans plus tard, cette promesse semble appartenir au passé. Une nouvelle constitution, adoptée récemment, lui permet désormais de briguer le poste suprême, contrairement à la Charte de la Transition qui l’en empêchait.
Ce revirement alimente les critiques de l’opposition et de la société civile, qui dénoncent une élection jouée d’avance. D’autant que les principaux partis d’opposition — le RPG Arc-en-Ciel d’Alpha Condé, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré — ont tous été écartés de la course. Leurs leaders, en exil, accusent le pouvoir d’avoir verrouillé le processus pour éliminer toute concurrence réelle.
Une caution jugée “exorbitante”
Autre sujet de discorde : le montant de la caution électorale, fixé à 875 millions de francs guinéens (environ 100 000 dollars). Une somme jugée prohibitive par de nombreux acteurs politiques. Le candidat Faya Millimono a dénoncé une dérive inquiétante : « Jusqu’en 2005, la caution n’a jamais dépassé 50 millions. La folie a commencé en 2010, lorsqu’il a été jugé nécessaire d’empêcher certains candidats de se présenter. Le montant est passé de 50 millions à 400 millions, et aujourd’hui, nous parlons de 900 millions ».
Pour les autorités, cette mesure vise à “garantir la crédibilité des candidatures”. Mais pour une grande partie de la population, elle symbolise l’exclusion et la concentration du pouvoir entre les mains de quelques privilégiés. Alors que la campagne électorale s’annonce tendue, beaucoup redoutent une élection sans véritable opposition, dans un climat où les libertés publiques restent étroitement surveillées. Le général Doumbouya, devenu le favori d’une élection controversée, joue désormais sa légitimité politique devant un peuple guinéen partagé entre espoir et désillusion.