« Deux présidents » pour le Cameroun : la nouvelle action d’Issa Tchiroma Bakary qui interpelle

novembre 19, 2025

Onze jours après l’investiture de Paul Biya, la scène politique camerounaise continue de se tendre. Depuis l’étranger, où il serait réfugié selon plusieurs sources médiatiques, l’opposant Issa Tchiroma Bakary poursuit la construction de ce qu’il appelle la « Présidence élue de la République ». Un acte qui confirme sa volonté d’incarner une alternative légitime au pouvoir en place et qui réactive les tensions nées du scrutin contesté du 12 octobre 2025.

Alice Nkom nommée porte-parole officielle de la “Présidence élue”

Dans un « décret » signé le 17 novembre 2025 et consulté par l’Agence de presse africaine (APA), Issa Tchiroma Bakary nomme l’avocate Alice Nkom porte-parole officielle de sa présidence parallèle. Figure respectée de la défense des libertés fondamentales au Cameroun, Me Nkom est désormais habilitée « à s’exprimer au nom du Président élu, à représenter ses positions dans les échanges institutionnels, diplomatiques et médiatiques ».

Ce choix s’inscrit dans la stratégie de structuration d’un contre-pouvoir institutionnel que Tchiroma revendique depuis la proclamation des résultats contestés. Pour lui, l’élection présidentielle du 12 octobre a accouché de « deux présidents » : « Celui élu par le peuple camerounais que je suis, et celui nommé par le président du Conseil constitutionnel que vous connaissez », a-t-il déclaré après la validation officielle des résultats.

Le Conseil constitutionnel avait donné la victoire à Paul Biya, 92 ans, avec 53,66 % des voix, contre 31,19 % à Issa Tchiroma, chef du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC). Deux semaines plus tard, le 6 novembre, M. Biya prêtait serment pour un nouveau mandat, renforçant l’impression d’un fossé institutionnel désormais assumé entre les deux camps.

Escalade politique, appels à la mobilisation et zones d’ombre

Avant cette nomination, Issa Tchiroma avait frappé un grand coup. Le 9 novembre, il lançait un ultimatum de 48 heures au « régime Biya » pour libérer toutes les personnes qu’il estime détenues pour leurs opinions politiques. « Après 48 heures, les conséquences seront les vôtres », avertissait-il, dans un message perçu comme une escalade verbale aux résonances inquiétantes.

Dans la foulée, il a revendiqué le succès de la journée « ville morte » du 5 novembre, affirmant que « près d’une centaine de nos enfants sont tombés sur le champ d’honneur ». Aucune source officielle n’a toutefois confirmé ces chiffres, et les autorités n’ont pas commenté les allégations de violences. Le décret du 17 novembre de l’opposant, évoque pour sa part « la volonté souveraine du peuple camerounais exprimée lors de l’élection » et dénonce une « prise d’otage institutionnelle » qui empêcherait « l’expression pleine et libre » de cette souveraineté.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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