Le Madagascar face à la colère populaire contre les coupures d’eau et d’électricité

septembre 25, 2025

La tension monte à Madagascar. Ce 25 septembre, plusieurs villes du pays se préparent à accueillir des manifestations contre les délestages et les coupures d’eau. L’exaspération, nourrie par des années de pénurie et d’infrastructures défaillantes, trouve aujourd’hui un écho inédit, amplifié par les réseaux sociaux.

Une contestation nourrie par les réseaux sociaux

Depuis une semaine, artistes, militants et membres de la société civile appellent à descendre dans la rue. Sur Facebook, le logo du manga One Piece transformé en symbole malgache circule largement comme signe de ralliement. Ces appels mettent en avant la volonté de protester pacifiquement contre un quotidien paralysé par l’absence de services essentiels.

La mobilisation dépasse la question énergétique. Les manifestants dénoncent la corruption et le népotisme, fustigeant le train de vie ostentatoire de certains proches du pouvoir. Un contraste violent avec la réalité vécue par 29 des 30 millions d’habitants du pays. Mais la colère en ligne prend parfois un ton radical. Des messages partagés invitent à cibler des responsables politiques ou expliquent comment fabriquer des cocktails Molotov, ce qui inquiète les autorités.

Des institutions sur la défensive

À Antananarivo, la préfecture a interdit les rassemblements et mobilisé les forces de sécurité pour prévenir tout débordement. Plusieurs sources rapportent que certains proches du régime ont quitté le pays ces derniers jours, signe d’un malaise grandissant.

Le Sénat a durci sa position. Treize sénateurs sur dix-huit ont dénoncé une « tentative de coup d’État », accusant l’opposition de vouloir « accaparer le pouvoir hors procédure électorale ». Une accusation qui suscite des critiques, des observateurs rappelant que l’actuel régime est lui-même issu d’un coup d’État en 2009.

Une promesse présidentielle en décalage

Alors que la contestation s’intensifie, le président Andry Rajoelina s’exprimait à New York lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Il a promis d’atteindre « 70 % d’énergie verte » d’ici 2028, soulignant que l’accès à l’électricité est passé de 24 % à 40 % en six ans. « Beaucoup reste à faire », a-t-il reconnu, assurant que la collaboration avec les systèmes onusiens serait déterminante pour étendre l’accès aux zones rurales.

Ces engagements, s’ils témoignent d’une ambition de transition énergétique, semblent déconnectés du ressenti immédiat de la population. Dans les rues de Madagascar, le quotidien reste dominé par les coupures, nourrissant un fossé croissant entre promesses politiques et réalités vécues. L’issue de cette journée de mobilisation dira si la contestation numérique peut se transformer en action collective durable et si le pouvoir conservera sa capacité à contenir une colère désormais nationale.

Morgan Dossou

Journaliste passionné depuis une dizaine d'années, je m’intéresse aux grands enjeux de notre époque et à l’évolution du monde contemporain. Mon objectif est de proposer une information claire, fiable et accessible à tous, en mettant en lumière des sujets variés qui nourrissent la réflexion et favorisent une meilleure compréhension de l’actualité.

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